L’actualité numérique des industries de santé

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    Comment le laboratoire Ipsen transforme la gestion de ses "Master Data"

    PARIS (TICpharma) - Le déploiement d'un outil de gestion des données de référence (Master Data Management -MDM) de l'éditeur Informatica a permis à Ipsen d'"harmoniser" ses données et d'assurer leur traçabilité, a témoigné auprès de TICpharma la Chief Digital Officer (CDO) du laboratoire.

    Ipsen était confronté depuis plusieurs années à un problème de taille: l'absence de référentiel des données qui conduisait à des pertes d'informations et "générait de la complexité" au quotidien lorsqu'il s'agissait de rechercher une donnée dans l'immense volume d'informations créées et traitées par le laboratoire, a expliqué Malika Mir.

    "Un produit est codé d'une certaine façon à la R&D, d'une autre au manufacturing, à la logistique, au marketing, à la finance... Ce qui fait qu'au bout de la chaîne, on se retrouve avec une information assez pauvre, car chacun la gère différemment dans son silo", a-t-elle illustré, soulignant l'impératif d'une "harmonisation des données".

    L'objectif du projet de MDM était donc d'en finir avec une "information personne-dépendante", c’est-à-dire avec des données dont la structure dépend de la personne qui les saisit.

    Pour faire intégrer à l'ensemble des collaborateurs l'importance d'assurer une meilleure maîtrise des "Master Data" via le déploiement d'un outil informatique dédié, la CDO a privilégié une "approche opportuniste".

    Elle a identifié le département du laboratoire qui en avait le plus besoin, "au point où il était capable de s'organiser pour suivre le projet, le département informatique jouant simplement le rôle de support". "Je ne voulais pas mettre la charrue avant les bœufs en achetant une technologie avant de trouver le business qu'on allait pouvoir embarquer sur le projet", a-t-elle résumé.

    L'opportunité est venue du département R&D, qui voulait être en mesure de d'assurer la traçabilité complète du cycle de vie d'un produit sur l'ensemble des phases des essais cliniques. "Chacun avait l'habitude de créer son propre fichier Excel, sa propre base de données. Recréer l'historique de ce qui avait été fait à chaque étape du développement d'un produit était devenu un cauchemar", a noté Malika Mir.

    Les données générées et traitées par la R&D portent par exemple sur le codage du nom des molécules, mais aussi les composants chimiques et biologiques d'un médicament.

    Au début de l'année 2016, c'est donc la R&D d'Ipsen qui a défendu le projet de MDM et "convaincu le management au plus haut niveau qu'il fallait mettre du temps et des ressources dédiées sur le projet", s'est félicitée la CDO d'Ipsen, qui occupe également le poste de directrice du système d'information (DSI).

    La R&D a ensuite été impliquée dans les discussions sur le choix des technologies et dans la rédaction de l'appel d'offres, qui a conduit à sélectionner la société Informatica, spécialisée dans les solutions d'intégration de données.

    Le choix du "Cloud First"

    Le dispositif retenu par Ipsen s'appuie sur le logiciel MDM et sur le Cloud d'Informatica, et forme la nouvelle plateforme "I-PaaS", pour "Ipsen Platform as a Service".

    L'outil MDM traite automatiquement toutes les données internes et externes au laboratoire. Il opère une forme de "nettoyage" pour les remettre au bon format, prévu par le référentiel des données de la R&D, et les remettre à disposition des collaborateurs.

    Le choix de passer par le Cloud pour le traitement des données répond à la stratégie "Cloud First" que poursuit Ipsen (voir encadré) et qui lui permet à la fois de "s'affranchir des problématiques de gestion des infrastructures, parfois lourdes et complexes, et des problèmes de cybersécurité", a expliqué Malika Mir.

    Dans l'appel d'offres, le laboratoire a demandé à l'éditeur de répondre à un questionnaire de tiers de confiance, et le prestataire a dû s'engager à accepter des audits réguliers d'Ipsen afin de vérifier qu'il garantit les meilleures pratiques en sécurité informatique.

    "L'approche Cloud First nous permet ainsi d'avoir un environnement à très haute résilience et sécurisé à l'état de l'art", a résumé la directrice informatique du laboratoire. Elle a mis en avant la "simplicité" de l'outil proposé par Informatica, qui a pu être déployé en "moins de quatre mois".

    Si elle n'a pas souhaité communiquer le budget engagé par Ipsen pour le déploiement, Malika Mir a noté qu'il s'agissait d'un dispositif "assez cher", tout en relativisant ce coût par le fait que le laboratoire n'ait pas eu à recruter d'expertises spécifiques au MDM.

    La R&D fait des émules

    La R&D profitant maintenant de tous les avantages d'une gestion informatisée des données de référence, la stratégie de "démonstration par l'exemple" de Malika Mir semble produire les effets escomptés.

    "Nous avons commencé l'élaboration du référentiel des données pour les ventes, le marketing et les ressources humaines. L'année prochaine, nous démarrerons le référentiel des données financières", a-t-elle indiqué.

    La directrice "data gouvernance R&D" d'Ipsen, Elisabeth Campain, a confirmé à TICpharma que les employés de son département étaient devenus des sortes d'"ambassadeurs" de la gestion de données de référence auprès du reste du groupe.

    Elle a mis en avant la valeur ajoutée du MDM en termes de "gain de temps et de qualité" dans la collecte, la saisie et la centralisation des données de la R&D, et la progression de la maturité du groupe sur le sujet de la donnée.

    "Tout le monde a compris que c'était important de gérer nos Master Data en faisant en sorte que tout le monde parle le même langage", a-t-elle assuré.

    Cette sensibilisation à la donnée est aussi favorisée par le projet réglementaire d'identification des produits médicaux (IDMP) qui va obliger les industriels à transmettre aux autorités "entre 200 et 600 attributs qui vont de l'actif substance aux ingrédients en passant par le packaging", a noté Elisabeth Campain. "Toutes les Master Data que nous mettons en place vont faciliter tout ça", a-t-elle observé.

    Elle a aussi relevé que la mise en place du MDM aura aussi un intérêt dans la perspective de l'entrée en vigueur du règlement général européen sur la protection des données personnelles (RGPD).

    41% des applications d'Ipsen sur le Cloud
    Le laboratoire Ipsen comprend un parc logiciel d'un peu plus de 200 applicatifs, dont 41% sont hébergés sur le Cloud, a indiqué Malika Mir, qui gère une équipe de 120 personnes réparties entre l'informatique et le digital.
    Le choix d'outils "On-Premise", c’est-à-dire acquis et installés sur le serveur de l'entreprise, concerne surtout des "solutions de niche" pour lesquelles les éditeurs n'ont pas encore d'offre sur le Cloud, a-t-elle expliqué.
    Un avantage du Cloud est de pouvoir centrer le travail des équipes informatiques sur des tâches à plus forte valeur ajoutée que la simple maintenance des infrastructures, a observé la CDO d'Ipsen, citant l'accompagnement de projet, l'aide à la réflexion et au choix des technologies.
    D'ici 10 ans, si les éditeurs ont enrichi leur offre logicielle sur le Cloud, Malika Mir estime pouvoir basculer l'ensemble des applicatifs d'Ipsen sur le Cloud.
    Raphael Moreaux

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