L’actualité numérique des industries de santé

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    Politique

    Cédric Villani expose les avancées de sa mission sur l'IA aux industriels de santé

    PARIS (TICpharma) - Le mathématicien et député LREM de l'Essonne, Cédric Villani, a présenté le 18 octobre lors des 6es Rencontres de l'association d'industriels G5 santé les principales thématiques qui se dégagent des auditions en cours dans le cadre de la mission sur l'intelligence artificielle (IA) qui lui a été confiée par Matignon.

    La lauréat de la médaille Fields en 2010 et président de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) a rappelé que la question de l'impact de l'IA sur le secteur de la santé et des assurances était explicitement mentionné par le premier ministre, Edouard Philippe, dans sa lettre de mission (voir dépêche du 11 septembre 2017).

    Cédric Villani prévoit d'auditionner "tout au moins 250 personnes de tous secteurs" dans le cadre de ces travaux.

    La première thématique qui se dégage des auditions "n'est pas la technologie ou l'algorithme, mais la question de la capacité à récupérer les bonnes données", a-t-il noté.

    Il a pris l'exemple d'une start-up française développant un système de diagnostic automatique à partir d'électrocardiogrammes (ECG), obligée de passer des contrats avec des hôpitaux américains, puis chinois, pour récupérer des bases de données d'ECG car "les modèles actuels d'apprentissage statistique ne peuvent pas se développer sans la donnée", a-t-il appuyé.

    Le député a regretté que cette start-up ait dû "commencer sans données françaises" car il était "impossible" d'y accéder pour des questions "réglementaires et culturelles".

    La deuxième question soulevée lors des auditions de la mission Villani est celle de "l'organisation des données et des plateformes". Le parlementaire a ici relayé l'expérience d'un représentant de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) sur la mise en place d'un entrepôt de données de santé qui a duré près de trois ans.

    "Ces trois ans correspondent à la discussion réglementaire et légale avec la Cnil [Commission nationale informatique et libertés], au temps qu'il fallait pour s'organiser en interne, développer l'informatique qui va avec, sécuriser les processus", a expliqué le député de l'Essonne, soulignant que la structuration des données "ne se décrète pas du jour au lendemain".

    Consentement éclairé et principe de solidarité

    Cédric Villani a également noté que l'essor de l'IA dans le domaine de la santé questionnait "la notion fondamentale du consentement éclairé".

    "Ca veut dire quoi le consentement éclairé à partager ses données dans un algorithme d'intelligence artificielle quand un tiers de Français ne savent pas ce que sont ces algorithmes?", a-t-il interrogé.

    Il a noté qu'un débat public devait avoir lieu sur le sujet, notamment dans le cadre des futures réflexions bioéthiques. Le député a envisagé la possibilité de faire évoluer la notion de consentement éclairé en prenant davantage en compte les finalités de traitement des données, plutôt que leur processus de collecte, à l'image des orientations prises récemment par la Cnil, notamment dans le cadre du règlement général européen relatif à la protection des données personnelles (RGPD).

    Le recours à l'intelligence artificielle en médecine soulève enfin la question du principe de solidarité de notre système de santé, a relevé Cédric Villani. L'IA pousse à une personnalisation du soin qui est "antagoniste" à la solidarité, a-t-il estimé.

    "Combien la société est-elle prête à payer pour un traitement personnalisé qui répond à un besoin spécifique, mais plus cher? La réflexion ne dépend pas seulement du taux de succès, mais d'un choix de société collectif", a jugé le mathématicien.

    "Une chose sur laquelle tout le monde s'accorde dans les auditions, c'est l'importance de l'explication, du débat public, pour que la société entière s'approprie ce type de questions", a-t-il poursuivi.

    "Opacité" des algorithmes d'IA

    Le député de l'Essonne a passé en revue les dernières avancées de l'intelligence artificielle, faisant état des "progrès phénoménaux" réalisés par les techniques d'exploration et de collecte de données, permis par "la convergence entre les capacités de calcul des ordinateurs d'une part, et le fait d'avoir, d'autre part, de plus en plus d'informations à traiter".

    Il a esquissé les différentes applications de l'IA et des mathématiques en médecine en termes de traitement d'image, d'aide au diagnostic, de modélisation et d'aide à la formation.

    "A brève échéance, les logiciels feront statistiquement mieux que les médecins pour arriver à un diagnostic", a-t-il prédit, expliquant qu'il ne fallait pas "laisser ça dans un coin et l'ignorer" mais "se préparer".

    Les grands acteurs de la recherche scientifique en intelligence artificielle "ont tous sur la table un grand projet de collaboration avec des industries du secteur médical", a souligné Cédric Villani, citant notamment le CNRS (Centre national de la recherche scientifique) et le projet Asclepios de l'Inria (Institut national de recherche en informatique et en automatique) sur le thème de l'analyse et de la simulation d'images biomédicales.

    Le député a noté que la principale différence entre un algorithme classique de traitement de données et un algorithme d'IA était "l'opacité" de ce dernier.

    "Un algorithme d'IA, vous lui laissez faire des choses que vous ne savez pas explicitement, et vous ne savez pas à l'avance comment il va réagir, même si c'est vous qui en êtes le programmateur", a-t-il expliqué, qualifiant ces nouveaux procédés de "vertigineux", voire d'"humiliant" pour la communauté scientifique.

    Raphael Moreaux

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