L’actualité numérique des industries de santé

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    Diabnext utilise l'électronique pour le remplissage automatique du carnet de glycémie

    TAIPEI (Taïwan) (TICpharma) - Diabnext distribuera en France à partir de septembre des appareils électroniques fonctionnant sur les glucomètres et stylos à insuline de tout constructeur afin de faire remonter automatiquement les données collectées sur un carnet d'autosurveillance glycémique numérique, a expliqué à TICpharma son PDG, Laurent Nicolas.

    En finir avec le remplissage "fastidieux" et "laborieux" du carnet d'autosurveillance glycémique qui sert de base d'échanges entre le patient diabétique insulino-dépendant et son médecin, en partant des dispositifs médicaux déjà utilisés au quotidien: voilà l'objectif que s'est fixé l'entreprise Diabnext, fondée en 2015 et basée à Taïwan.

    Lui-même diabétique de type 1, Laurent Nicolas a expérimenté les carnets d'autosurveillance papier, et la pléthore d'applications mobiles déjà disponibles pour mieux suivre son diabète. "En 5 ans, j'ai essayé la quasi-totalité des applications et j'ai constaté que j'arrêtais le plus souvent de les utiliser à peine 3 jours après les avoir téléchargées", a-t-il témoigné.

    "Il est très difficile de forcer un diabétique à tenir à jour son carnet. Qu'il soit en format papier ou sur téléphone portable, il faut toujours saisir, ou écrire, les dosages d'insuline injectés, et les sucres consommés. Il m'est arrivé de voir des patients les remplir au dernier moment avant leur consultation avec un endocrinologue, avec des chiffres plus ou moins bidons. Avec Diabnext, nous avons voulu proposer le premier carnet que le patient n'a pas besoin de remplir", a-t-il détaillé.

    Diabnext a développé des outils qui font automatiquement remonter à une application mobile les principales données à surveiller dans le diabète (glycémie, prises d'insuline, glucides consommés).

    Le module Clipsulin, breveté en juin 2017, est sans doute l'une des plus importantes innovations de la société. Il s'agit d'un capteur qui se clipse à tous les stylos à insuline jetables ou réutilisables du marché (Sanofi, Lilly, Novo Nordisk), pour collecter et transmettre au téléphone du patient le nombre de doses injectées.

    "La technologie repose sur la reconnaissance des vibrations émises par les stylos lors de l'injection. Chaque fabricant, qu'il s'agisse de Lilly, Novo ou Sanofi, a sa propre signature vibratoire. Un microprocesseur contenu dans Clipsulin enregistre ces vibrations et en déduit le nombre de doses injectées", a expliqué Laurent Nicolas.

    Le Clipsulin peut garder en mémoire jusqu'à 200 injections et fonctionne avec une pile bouton CR2032 dont la durée de vie est estimée à 1.500 injections. Il a reçu lors du Consumer Electronic Show (CES) 2017 à Las Vegas un "CES innovation award" dans la catégorie Biotech.

    Pour la gestion de la glycémie, Diabnext a conçu l'adaptateur Gluconext qui se connecte aux principaux glucomètres du marché (Roche Accu-Chek, Ascensia Contour, Abbott Freestyle, Johnson & Johnson OneTouch et Verio) par infrarouge ou via un port Jack ou USB, afin de synchroniser les données de glycémie par bluetooth sur l'application smartphone. Il fonctionne également avec une pile bouton CR2032.

    Evaluation des glucides

    Pour l'évaluation des glucides consommés lors des repas, l'entreprise a développé l'outil Snapcarbs, disponible directement sur l'application mobile Diabnext. Couplé à une base de données d'insulinothérapie fonctionnelle, il utilise la technologie de reconnaissance visuelle pour évaluer, à partir de la photo d'un plat, les glucides qu'il contient.

    "Plusieurs applications existent sur ce segment mais il faut souvent taper le nom d'un aliment, mesurer soi-même le poids pour savoir combien de glucides sont ingérés. Avec Snapcarbs, il suffit de prendre une photo, de confirmer qu'il s'agit bien de l'aliment reconnu par l'application et de déterminer si la portion est plus grande ou plus petite que ce qui est affiché à l'écran", a précisé Laurent Nicolas.

    Si la technologie n'est pas fiable à 100% (Diabnext travaille encore à limiter certaines confusions entre des plats mijotés comme le bœuf bourguignon, le coq au vin ou l'osso-buco, par exemple), elle permet de fournir une information rapide au patient.

    Elle garde également en mémoire l'ensemble des plats photographiés pour apporter plus d'informations à l'utilisateur lorsqu'il consomme un plat déjà analysé. "Si vous photographiez un brownie du même type que celui que vous aviez déjà consommé il y un mois par exemple, on vous informera que la dernière fois, vous vous êtes piqué tant de fois, et que cela a eu tel impact sur votre glycémie", a détaillé Laurent Nicolas.

    Il ne formule cependant pas de recommandations sur la prise d'insuline. "Nous ne préconisons pas aux utilisateurs de se piquer une, deux ou trois fois. Nous disons simplement: regardez ce que vous avez fait la dernière fois dans un cas similaire, les impacts, et évaluez si vous devez ajuster", a-t-il souligné.

    Snapcarbs est disponible gratuitement sur l'application Diabnext pour l'analyse de deux photos. L'abonnement pour bénéficier d'une utilisation illimitée devrait se situer aux alentours de 9€ par mois, a indiqué le PDG de Diabnext.

    Côté prix des appareils, le Clispulin et le Gluconext sont proposés en pré-commande au prix de 39,99 dollars chacun (soit environ 33,70€), ou à 79,98 dollars pour l'achat groupé des deux dispositifs (environ 67,50€). L'accès à l'application mobile Diabnext est gratuit. Les premières livraisons sont prévues en France entre la mi-septembre et la mi-octobre.

    Plusieurs modèles économiques

    L'ensemble des données collectées forment un carnet d'autosurveillance glycémique numérique, que le patient peut soumettre à son médecin lors des consultations.

    Diabnext peut également fournir aux spécialistes le Gluconext, pour le brancher au glucomètre du patient lors de la consultation et collecter les données enregistrées. Une façon aussi de passer par les professionnels de santé pour amener le patient à se procurer lui-même ces outils.

    Car les modèles économiques de ce type de dispositif restent à inventer. Diabnext peut par exemple proposer à des plateformes de traitement des données et de télésurveillance du diabète des API (interface de programmation) pour récupérer les informations collectées et fournir du service au patient.

    Laurent Nicolas a indiqué à ce sujet être en contact avec Onduo, la co-entreprise créée par Sanofi et Verily (Google), et travaille aussi plus largement avec le groupe pharmaceutique français sur les objets connectés.

    "L'idée consiste à aller voir des laboratoires pour faire valoir notre capacité à développer du hardware afin de récupérer de la donnée de la façon la plus simple possible, et monétiser cette collecte d'information", a-t-il expliqué.

    Diabnext pourrait aussi entrer dans les expérimentations de financement par l'assurance maladie des solutions techniques de télésurveillance du diabète, prévu par la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) pour 2014 (voir dépêche du 10 mai 2017).

    Discussions avec l'assurance maladie

    Car la société est déjà bien identifiée en France par l'assurance maladie. Elle a participé à son dernier hackathon, organisé avec la Fédération française des diabétiques (FFD), sur le thème "Mieux vivre avec son diabète", et fait partie des 5 projets sélectionnés pour la finale du concours qui aura lieu samedi 14 octobre

    "Dans le cadre du hackathon, nous avons beaucoup échangé avec les équipes de l'assurance maladie pour trouver les gains d'usage pour les patients et les professionnels de santé. Nous réfléchissons ensemble à mettre en place un pilote au projet régional pour proposer un remboursement, au même titre qu'un glucomètre", a fait valoir Laurent Nicolas.

    La société Diabnext a jusque-là fonctionné sur fonds propres mais Laurent Nicolas et son associé, Richard Binier, envisagent d'entamer une levée de fonds pour soutenir la commercialisation et la distribution des produits.

    L'entreprise comprend aujourd'hui une trentaine de salariés répartis dans des bureaux à Taipei, San Francisco, Boston et Bangalore (Inde). Les produits sont fabriqués à Taiwan par la société Delta Electronics.

    Raphael Moreaux
    raphael.moreaux@apmnews.com

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