L’actualité numérique des industries de santé

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    Big et open data au service d'un observatoire pour la pharmacosurveillance des antalgiques

    PARIS (TICpharma) - Un observatoire est en cours de finalisation au sein de l'unité Inserm UMR 1107 (Neuro-Dol) afin d'assurer une pharmacosurveillance des antalgiques en France à l'aide d'outils d'analyse de données publiques et du big data, a-t-on appris auprès du responsable du projet, le Pr Nicolas Authier, chef du service de pharmacologie médicale au CHU de Clermont-Ferrand.

    L'objectif de cet observatoire français des médicaments antalgiques (Ofma) est d'assurer une pharmacosurveillance des antalgiques en France à l'aide notamment de données de l'assurance maladie, comme l'échantillon général des bénéficiaires (EGB) ou le programme de médicalisation des systèmes d'information (PMSI), indique le chercheur qui travaille aussi au centre régional de pharmacovigilance (CRPV), au centre d'évaluation et d'information sur la pharmacodépendance (CEIP) et celui d'étude et de traitement de la douleur (CETD).

    Il s'agit dans un premier temps de collecter des informations. "C'est une approche pharmaco-épidémiologique, populationnelle qui va permettre de caractériser l'usage des antalgiques en aigu et en chronique, les populations, les comportements, les consommations dans le cadre de l'AMM [autorisation de mise sur le marché] et hors AMM, les hospitalisations notamment pour intoxication..."

    "A l'aide d'algorithmes, il sera possible de repérer des problématiques ou des signaux qui ne sont pas visibles avec la déclaration spontanée. Cela débouchera ensuite sur des enquêtes de terrain auprès des prescripteurs et des patients puis sur des analyses afin d'alerter les prescripteurs et les autorités."

    "Nous avons commencé à travailler et, par exemple, nous avons repéré une consommation d'AINS [anti-inflammatoires non stéroïdiens] pendant la grossesse. Les données ont été transmises à l'ANSM [Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé], qui a décidé de communiquer sur le sujet en janvier".

    Pour ce psychiatre spécialisé en pharmacologie et addictologie, l'observatoire offre "une approche proactive", en complément de la pharmacovigilance et de l'addictovigilance.

    Dans le cadre de l'observatoire, l'équipe a lancé le projet POMA (Prescription Opioid Misuse Assessment) afin d'étudier le mésusage des antalgiques opioïdes en particulier ainsi que ses conséquences, notamment les intoxications.

    Financée par l'ANSM, cette enquête doit commencer début 2018 et sera réalisée, via le réseau français des centres d'addictovigilance, auprès des patients suivis en CETD pour des douleurs chroniques, précise le Pr Authier.

    "A l'issue de cette première enquête, il sera envisagé de la répéter tous les 2 à 3 ans pour étudier l'évolution de ce mésusage, comme un outil de pharmacosurveillance, un baromètre. Une déclinaison en soins primaires est aussi en cours de réflexion, en partenariat avec le département de médecine générale de la faculté de médecine de Clermont-Ferrand."

    Parmi d'autres projets prévus dans le cadre de l'observatoire figure par exemple l'évaluation, auprès des prescripteurs, des stratégies de sevrage des antalgiques "qui sont souvent empiriques".

    L'idée est aussi de travailler sur l'open data, comme les réseaux sociaux, pour identifier des signaux faibles, par exemple des usages hors AMM à visée récréative mais qui peuvent être problématiques. Des discussions sont en cours avec Kappa Santé et son programme Detec't (voir dépêche du 15 mars 2017) ainsi qu'avec Dassault Systèmes et ses outils Exalead et Netvibes, précise le chercheur.

    Un site internet à l'automne

    Un site internet doit être lancé à l'automne pour "disposer d'une vitrine comme l'OFDT [Observatoire français des drogues et des toxicomanies]", ajoute le Pr Authier.

    "Il permettra de présenter des baromètres d'usage et de mésusage, selon les populations, des données sur les intoxications, les décès, des graphiques, des analyses par région et département pour notamment étudier l'accès aux soins avec les ARS [agences régionales de santé]"

    "Il s'agira d'abord de donner des informations sur le bon usage aux prescripteurs et, dans un second temps, au grand public. Le site pourrait aussi proposer, en partenariat avec les associations de patients, des échelles d'évaluation de la douleur, de l'attachement aux molécules, mais aussi inciter à la déclaration des effets indésirables en redirigeant vers le portail des vigilances."

    Concernant le financement de l'observatoire, le Pr Authier indique qu'il a bénéficié d'un appel à projets de l'ANSM en 2014 [240.000 € jusqu'en 2018, note-t-on]. "L'équipe principale de l'observatoire est constituée de personnels hospitalo-universitaires et hospitaliers qui sont déjà en poste (médecins, pharmaciens, chefs de projets, biostatisticiens/data managers) et les baromètres pourront être réalisés en routine sans besoin de financements complémentaires."

    "En revanche, pour les études spécifiques sur des populations particulières, il faudra, comme toujours en recherche, répondre à des appels à projets nationaux ou internationaux, en collaboration avec d'autres équipes."

    L'observatoire bénéficie, par exemple, d'un financement de la direction générale de la santé (DGS) et de la Société française d'étude et de traitement de la douleur (SFETD) pour l'usage des antalgiques dans la maladie de Parkinson et d'une bourse d'échange de l'ambassade de France au Canada pour un projet commun avec le CHU de Montréal de comparaison des bases de données de remboursement des médicaments.

    "L'équipe Neuro-Dol est par ailleurs en relation directe avec l'Institut Analgesia, fondation de recherche sur la douleur, qui pourrait aussi accompagner l'Ofma dans sa recherche de financements. Enfin, il est aussi envisageable de structurer une collaboration plus durable avec les autorités de santé et notamment l'ANSM."

    L'observatoire est créé aussi en partenariat avec l'université de Clermont Auvergne (UCA) et le CHU. Des discussions sont prévues avec la SFETD et d'autres sociétés savantes potentiellement concernées, comme celles d'anesthésie et de réanimation (Sfar), de rhumatologie (SFR), de neurologie (SFN) et de pharmacologie (SFPT), ajoute le Pr Authier.

    Un conseil scientifique impliquant ces différentes spécialités doit être constitué dans les prochaines semaines.

    Luu Ly Do Quang

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