L’actualité numérique des industries de santé

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    Investissements record et effet Covid-19: le marché de l'e-santé décolle

    PARIS (TICpharma) - Portées par la pandémie de Covid-19, les start-up d'e-santé ont signé une année 2020 record en matière de levées de fonds et de croissance, augurant "une belle année 2021", ont présagé auprès de TICpharma le 18 janvier, Chahra Louafi, directrice du fonds Patient Autonome de Bpifrance, et Elsy Boglioli, fondatrice de Bio-Up, société de conseil pour les entreprises de santé.

    En juin 2020, un rapport de l'Institut Montaigne estimait le "potentiel de création de valeur" du marché de l'e-santé français entre 16 milliards et 22 milliards d'euros par an.

    Longtemps décrit comme un marché émergent, il a pris de l'importance en 2020, "porté par la pandémie liée à la Covid-19 et stimulé par la nécessité de répondre aux besoins nés de la crise sanitaire", a expliqué à TICpharma Chahra Louafi.

    "Il y a un indicateur intéressant: la Coalition innovation santé (CIS), qui s'est créée en avril 2020 pour apporter des solutions aux professionnels de santé face à la crise de la Covid a comptabilisé 400 start-up candidates à ses appels à projets", a-t-elle illustré.

    "Il y a aussi eu de plus en plus d'acteurs qui se sont intéressés à ce marché et l'argent levé, même s'il s'est concentré sur quelques sociétés qui ont mieux levé que les autres années, parce qu'il y a eu des besoins qui ont émergé et des solutions financées pour y répondre."

    Une analyse partagée par Elsy Boglioli, qui parle d'une "année 2020 record" en termes de financement de la santé et de levées de fonds.

    "Si on se tourne vers les Etats-Unis, qui sont toujours un bon indicateur, le total des fonds levés par les grands fonds américains dans le domaine de la santé s'élevait à 10 milliards de dollars en 2019 et à 17 milliards en 2020. On a pris un peu plus de 50% entre 2019 et 2020 et cela veut dire qu'on a de l'argent disponible pour les investissements", a-t-elle détaillé.

    "C'est un bon signal pour le secteur, notamment parce qu'on a de plus en plus d'investissements internationaux et des entreprises françaises capables d'aller chercher des capitaux aux Etats-Unis, comme les sociétés françaises Inato ou Owkin qui sont parvenues assez tôt à séduire des investisseurs américains."

    Le soutien des investisseurs publics "pour démarrer"

    En Europe, la fondatrice et directrice générale de Bio-Up a également noté une belle progression du financement de l'innovation en santé.

    "Le rapport 2020 de la Silicon Valley Bank a relevé un nombre de transactions de série A qui a doublé en Europe en 2019-2020. On est dans une dynamique de rattrapage assez agressive", a-t-elle expliqué, citant la levée de 40 millions d'euros réalisée par Medadom, "à l'américaine".

    Pour Chahra Louafi, "le passage de cap de la série A" marque justement un tournant dans la vie de ces entreprises françaises qui partent à la conquête de l'international.

    Une fois qu'elles ont passé ce cap et qu'elles ont fait leurs preuves sur le marché domestique, ces sociétés attirent de nouveaux investisseurs étrangers mais elles ont besoin que leurs investisseurs historiques continuent de les accompagner en les refinançant. Cela rassure aussi les nouveaux investisseurs et prouve qu'il n'y a pas de loup", a-t-elle observé.

    En France, Bpifrance et son fonds Patient Autonome contribuent très largement à financer les sociétés d'e-santé, dès leur phase d'amorçage.

    Lancé en décembre 2017, ce fonds s’intéresse aux nouveaux usages "à forte valeur médicale qui vont révolutionner la médecine" son action doit permettre de détecter de nouveaux usages et accompagner leur structuration et leur lancement rapide "et pérenne" sur leur marché, rappelle-t-on.

    "Pour démarrer, les sociétés d'e-santé ont besoin d'être portées par de l'argent public, puis viennent ensuite les business angels, les prêts pour se financer et l'action des investisseurs institutionnels (de type gestionnaires de fonds de capital risque)", a listé la directrice du fonds Patient Autonome de Bpifrance.

    "S'il s'agit d'une société spécialisée dans les thérapies digitales et que le concept est bon, on intervient spécifiquement en amorçage, peu importe qu'elles aient ou non défini un modèle économique, parce qu'elles ont des besoins importants à la fois en structuration et en capitaux."

    L'IA draine les financements

    Interrogée sur les financeurs les plus actifs dans le secteur de la santé numérique, Elsy Boglioli a rapporté "plusieurs verticales".

    "Si on regarde tout ce qui touche aux patients (télémédecine, applications pour les patients etc.), on a un marché en bourgeonnement, on l'a vu avec les innovations de la société Kelindi, par exemple. Du côté de la healthtech et des services pour la pharma, on voit un fort développement du marché des solutions d'intelligence artificielle (IA) pour la recherche (comme Owkin ou Iktos) ou pour les essais cliniques (comme Novadiscovery, par exemple). En revanche, il y a une troisième verticale consacrée à la digitalisation du parcours patient qui est, elle, encore balbutiante", a-t-elle détaillé.

    Concernant les modèles d'investissements dans l'e-santé qui ont marqué 2020, la patronne de Bio-Up a relevé "le retour des prêts en raison de la crise" mais elle a remarqué que le recours à des investisseurs institutionnels "dans la première ou deuxième année d'existence de la société" était précieux pour la suite du développement d'une entreprise.

    "Les investisseurs institutionnels se connaissent tous. Généralement, l'entrée d'un premier investisseur institutionnel est un atout majeur pour attirer d'autres fonds lors des tours suivants. On peut avoir recours à des business angels ou à du mécénat mais ce sont les acteurs institutionnels qui vont prendre les parts les plus importantes. Même si cela diminue le contrôle sur son entreprise, ces acteurs institutionnels ont besoin d'un retour sur investissement attractif donc ils sont dans une position plus active aux côtés de la société et peuvent l'aider à se développer", a-t-elle expliqué.

    Concernant le secteur le plus ou le mieux financé en 2020, Chahra Louafi et Elsy Boglioli sont unanimes: l'IA a le vent en poupe!

    "L'IA est très en vogue, mais il faut y associer un usage pour assurer sa pérennité en santé. Aujourd'hui, ce qui attire le plus, c'est ce qui permet de faire gagner du temps médical, lisser les erreurs et optimiser les compétences des professionnels de santé. Il y a un modèle économique pour ça", a confié Chahra Louafi.

    Un point de vue partagé par Elsy Boglioli, qui insiste toutefois sur "le petit effet de mode de l'IA", en particulier aux Etats-Unis. "On commence à en voir la valeur, on n'est plus dans la science-fiction et on a une meilleure compréhension du sujet."

    Elle a aussi souligné le succès financier des sociétés de services b-to-b pour la pharma, usant notamment d'IA, "qui ont réalisé les plus grosses levées de fonds en 2020".

    Décloisonner et réglementer pour maintenir la dynamique

    Le constat est sans appel, si la pandémie de Covid-19 a rendu les investisseurs plus frileux face à une situation économique instable, les acteurs de la santé numérique ont su tirer leur épingle du jeu en innovant pour répondre aux besoins, en surfant sur des usages encore peu exploités et en accélérant quand les autres secteurs ont ralenti.

    Pour maintenir la dynamique économique de la santé numérique, la directrice du fonds Patient Autonome est catégorique: "il faut accompagner la conduite du changement". "Le frein majeur à lever, c'est le silo. Chaque start-up travaille sur sa verticale, il n'y a pas de vision de la chaîne de valeurs globale. Le décloisonnement est la clé!"

    Chahra Louafi encourage les projets collaboratifs "entre les partenaires de la chaîne de valeur à la fois pour gagner en vision et identifier puis lever les verrous technologiques".

    Pour accompagner ce souhait, Bpifrance a choisi de créer et d'administrer une communauté, chargée de la mise en relation de tous les acteurs de la santé (mutuelles, professionnels de santé, start-up, hôpitaux, etc).

    En parallèle, la banque publique d'investissement a lancé le 12 octobre 2020 le premier incubateur national "d'entrepreneurs en santé numérique", en partenariat avec l'Université de Paris.

    Il est destiné à répondre aux besoins du marché de la santé numérique et "créer un effet d’entraînement pour accélérer le développement de solutions innovantes en santé" et accompagnera pendant un semestre cinq entreprises proches de la phase de commercialisation d’un produit.

    En dépit de la pandémie, la directrice du fonds Patient Autonome fait remarquer "les opportunités de financement offertes", à l'image du Ségur de la santé et ses 2 milliards d'euros pour le numérique.

    De son côté, Elsy Boglioli a appelé à définir "un cadre réglementaire et un modèle économique pour les données de santé" mais elle a noté qu'il "ne reste pas beaucoup de verrous à lever, de façon générale".

    "Il nous faudrait encore quelques gros succès. Des introductions en Bourse et de nouveaux géants pour stimuler l'investissement dans le domaine mais, globalement, on est dans une dynamique favorable", a-t-elle partagé.

    "L'e-santé est devenue une tendance de fond, les comportements ont évolué vers l'acceptation du numérique en santé et on ne reviendra pas en arrière. Je n'aime pas sortir ma boule de cristal mais je dirais que nous aurons une belle année 2021, à l'image de 2020, avec une forte croissance du marché de l'e-santé."

    Wassinia Zirar
    Wassinia.Zirar@apmnews.com

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