L’actualité numérique des industries de santé

    L’actualité numérique des industries de santé

    Innovations

    Le défi du financement des innovations pour soutenir la digitalisation de l'orthopédie

    PARIS (TICpharma) - Alors que le numérique transforme déjà le secteur de l’orthopédie, la question du financement de ces nouvelles technologies inquiètent les entreprises du dispositif médical et les professionnels de l'orthopédie, qui craignent de voir ralentir la digitalisation du secteur, ont-ils témoigné le 6 novembre lors d'une conférence en ligne organisée par le Syndicat national de l'industrie des technologies médicales (Snitem).

    Planification, simulation, guidage, robotique ou navigation: tous les apports du numérique aux métiers de l'orthopédie ont été évoqués avec plusieurs professionnels du secteur le 6 novembre, lors d'une matinée thématique organisée par le Snitem.

    A l'occasion d'une table-ronde rassemblant médecins, représentants du dispositif médical (DM) et institutionnels, la question de la digitalisation de l'orthopédie en France a été posée au regard du financement des solutions utilisées par les professionnels et a mis l'ensemble de ses participants d'accord: aucun modèle économique ne la garantit pour l'heure et cette absence de business model pérenne menace la transformation numérique du secteur.

    Lorsque ces outils digitaux concernent des applications utilisées directement par les patients ou le suivi post-opératoire, ils peuvent pour certains trouver des solutions de financement au sein de la LPPR (liste des produits et prestations remboursables) ou encore en utilisant les expérimentations de l’article 51 mais "pour les solutions digitales utilisées exclusivement par les soignants, leur financement pèse sur le budget des hôpitaux", ont rappelé plusieurs professionnels de l'orthopédie.

    Karine Szwarcensztein (Johnson & Johnson), présidente du groupe sectoriel orthopédie du Snitem, a fait savoir que "les entreprises du DM réfléchissent à des idées de financement".

    "Nous avons des solutions digitales en orthopédie qui sont utilisées à la fois par le patient, les aidants et les professionnels de santé. Certaines sont utilisées uniquement en ville, d'autres à l'hôpital et des solutions font le lien ville-hôpital", a-t-elle signalé.

    "Cette largeur de champ est importante et les travaux actuels de la Haute autorité de santé (HAS) sur la classification fonctionnelle des solutions numériques selon leur finalité d’usage montrent une prise de conscience quant à la complexité de ce domaine, qui mène directement à la question de la difficulté de financement", a-t-elle regretté.

    Pour rappel, un groupe de travail au Snitem a été mis en place sur les questions d’accès au marché des solutions digitales. L’objectif est de proposer des approches concrètes et créatives aux autorités de santé "d’ici à quelques mois".

    Des solutions financées par l'hôpital ou les industriels

    Plusieurs professionnels de santé ont, justement, témoigné des financement adoptés pour utiliser ces solutions, en dépit de l'absence d'un modèle établi.

    Le Dr Jean-Pierre Piton, chirurgien orthopédiste à l'hôpital Belle-Isle de Metz, établissement privé à but non lucratif, a ainsi expliqué que "l'industriel qui fournit les prothèses, finance lui-même la station de navigation" et "s'y retrouve sans doute avec le coût des prothèses". "L'hôpital ne finance rien et nous pouvons bénéficier de ces innovations grâce à ce partenariat avec l'industriel."

    Le même modèle économique a été choisi par le Pr Pascal Boileau, chef de service de chirurgie orthopédique et chirurgie du sport, à l'hôpital Pasteur 2 du CHU de Nice, qui peut utiliser les logiciels de guidage d'Imascap gracieusement.

    "C'est un vrai défi pour un industriel de continuer à innover et à développer des solutions de rupture sans parcours de remboursement. Le logiciel est distribué gratuitement et nous nous finançons sur les guides sur-mesure", a détaillé Jean Chaoui, fondateur d'Imascap, invité plus tôt le 6 novembre à présenter l'intérêt de l'IA pour le secteur.

    Fondée en 2009, Imascap a notamment mis au point une solution logicielle de guidage 3D, baptisée Glenosys, pour la chirurgie orthopédique de l'épaule, rappelle-t-on.

    Le Pr Sébastien Lustig, chirurgien orthopédiste, chef du département de chirurgie prothétique aux Hospices civils de Lyon (HCL), et le Pr Régis Pailhé, chirurgien orthopédiste, chef du service de chirurgie de l’arthrose et du sport, urgences traumatiques des membres au CHU de Grenoble ont pu bénéficier d'une prise en charge des solutions numériques par leurs établissements de santé.

    "L'hôpital nous a fait confiance, en contrepartie de l'évaluation de ces solutions et parce que nous avons démontré leur intérêt médical et les bénéfices rendus pour les patients", a expliqué le Pr Lustig.

    "Les discussion médico-économiques sont très présentes et les questions d'efficience aussi. Nous avons aussi démontré l'efficacité de ces solutions sur le travail des professionnels et en matière de gain de temps dans la pratique", a-t-il complété.

    Même tonalité à Grenoble, où le Pr Pailhé a, néanmoins, fait part de son inquiétude pour les années à venir dans les établissements de santé, impactés par la crise sanitaire en cours et de leur "besoin de recentrer les budgets".

    Une inquiétude partagée par le Pr Boileau qui a aussi fustigé les normes de régulation françaises et européennes "plus contraignantes que la Food and Drug Administration (FDA) américaine" et qui peuvent "freiner le déploiement de l'innovation".

    "C'est frustrant quand on a participé aux travaux de recherche de voir que nos normes retarderont l'utilisation de ces technologies et on sera à la ramasse: les Américains publieront des articles scientifiques les premiers et récolteront les fruits scientifiques et financiers les premiers", a-t-il déploré.

    La HAS prépare un document sur "l'impact organisationnel des DM"

    Invitée à s'exprimer sur le sujet, Catherine Rumeau-Pichon, vice-présidente dispositifs médicaux du Comité économique des produits de santé (CEPS), a rappelé la mission du comité, "qui est de trouver la bonne tarification pour permettre la bonne valorisation d'un dispositif médical (DM) et donc la reconnaissance de sa valeur ajoutée", soulignant l'importance "de réaliser des études allant jusqu'au bénéfice patient".

    Concernant la prise en compte de l'IA dans un dispositif médical, Catherine Rumeau-Pichon a insisté sur "l'intérêt de l'IA dans un DM, reconnu par la commission nationale d'évaluation des dispositifs médicaux et des technologies de santé (Cnedimts) de la HAS", dont c'est la mission.

    Interrogée sur le même sujet, Isabelle Adenot, présidente de la Cnedimts a insisté l'importance d'"apporter des données cliniques" pour permettre l'évaluation et développer un modèle économique.

    La présidente de la Cnedimts a également expliqué que sa commission n'évalue pas les logiciels. "Nous le regrettons d'ailleurs car pour que les professionnels aient confiance dans les logiciels qu'ils utilisent, il va falloir à un moment donné nous poser la question de l'évaluation, de la labellisation de ces logiciels même si tout est déjà sur le marché", a-t-elle déclaré.

    "A la Cnedimts, lorsque ce sont des DM pour les patients -et non les professionnels- qui sont soumis au remboursement, nous prenons en compte l'IA dans leur évaluation: nous avons développé un questionnaire à destination des industriels afin qu'ils puissent correctement renseigner leur dossier. Certaines questions portent sur les données, d'autres sur les modèles d'apprentissage… Aujourd'hui, nous en sommes capables et nous le faisons, essentiellement dans le domaine du diabète", a-t-elle relaté.

    "Nous sommes dans un système qui est en train de bouger et tant mieux. Cela remet en question l'évaluation mais aussi l'impact organisationnel et la HAS va sortir -dans quelques jours ou semaines- un document sur l'impact organisationnel et la valorisation des DM qui ont justement cet impact", a annoncé Isabelle Adenot.

    "Les éléments relatifs à la qualité de vie permettent de monter le niveau d'amélioration du service attendu (ASA) des DM. Il faut faire la même chose avec l'impact organisationnel des DM et le mesurer", a-t-elle complété.

    "Ma hantise personnelle est que des industriels, ne connaissant pas l'écosystème de santé, fassent quelque chose de moins perfectionné et qu'arrive un jour sur le marché un DM qui ne tienne pas la route. Cela mènera à la judiciarisation et le médecin est responsable in fine, ce serait un recul", a confié Isabelle Adenot.

    "Par ailleurs, il faut trouver un modèle économique pour les DM connectés en orthopédie mais ce n'est pas le travail de la HAS", a-t-elle ajouté.

    Wassinia Zirar
    Wassinia.Zirar@apmnews.com

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