L’actualité numérique des industries de santé

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    StopCovid a identifié seulement 14 cas contacts en 21 jours

    PARIS (TICpharma) - L'application de traçage StopCovid n'a permis d'identifier que 14 cas contacts, selon les chiffres dévoilés fin juin par le secrétaire d'Etat chargé du numérique, Cédric O.

    L'application, qui utilise la technologie Bluetooth pour enregistrer l'historique de proximité des utilisateurs, afin de les alerter s'ils ont été en contact prolongé avec une personne Covid+, est disponible depuis le 2 juin.

    Exactement 68 personnes se sont déclarées positives au coronavirus dans l'application depuis cette date, a déclaré le secrétaire d'Etat lors d'une conférence de presse au ministère de l'économie et des finances.

    Ces 68 personnes ont permis d'identifier 205 cas contacts potentiels. Parmi ces 205 personnes, 14 ont été considérées comme des contacts à risque et ont reçu une notification les invitant à prendre contact avec leur médecin pour se faire tester.

    Ces chiffres ont été arrêtés le 22 juin à 15 heures.

    Cédric O s'est dit "étonné" par le "faible nombre de notifications envoyées". "Nous ne savons pas si ce chiffre est logique, la seule manière de le savoir est de réaliser des enquêtes de terrain", a-t-il ajouté.

    Il a toutefois avancé plusieurs hypothèses, dont "la baisse rapide de la prévalence de l'épidémie dans la population" et "la faible diffusion de StopCovid".

    L'application a été téléchargée 1,9 million de fois et activée 1,816 million de fois à date du 18 juin, a-t-il précisé. A l'inverse, 460.000 désinstallations sont à dénombrer, ainsi que 23.593 désactivations.

    La semaine précédente, 190.000 activations ont été enregistrées.

    Pour être mise en fonctionnement, l'application ne doit pas être seulement installée, mais activée par l'utilisateur. Le nombre de téléchargements ne correspond donc pas au nombre d'utilisateurs réellement actifs. Par ailleurs, l'application peut être désactivée et réactivée à volonté par l'utilisateur, rappelle-t-on.

    La répartition des activations sur le territoire est inconnue. Le secrétariat d'Etat au numérique a annoncé la mise en place de "sondages de terrain dans les semaines qui viennent".

    Par ailleurs, "le nombre de désinstallations a augmenté significativement ces derniers jours, parfois de plusieurs dizaines de milliers par jour, en raison de la baisse des craintes liées à l'épidémie", a déclaré Cédric O. Le solde reste toutefois positif, a-t-il précisé.

    Interrogé sur le fait que l'application allemande a été téléchargée plus de 10 millions de fois en moins d'une semaine, il a rétorqué que cette différence "ne dit rien de l'application, mais elle dit tout de nos différences culturelles et de l'appréciation des gouvernements pendant l'épidémie".

    Un test pour permettre au médecin d'autoriser le patient à se déclarer dans l'application

    Des médecins traitants sont autorisés à donner au patient Covid+ un code permettant de se déclarer dans l'application, dans le cadre d'un test en cours en Guyane, ont indiqué le secrétaire d'Etat et le directeur général de la santé (DGS) adjoint, Maurice Pierre-Planel.

    Interrogé par TICpharma sur les modalités d'accès à ce code pour les médecins libéraux et ceux travaillant en établissement de santé, le DGS adjoint n'a pas souhaité donner de détails.

    Ce code est actuellement fourni par Sidep et intégré au résultat de test RT-PCR. "La formulation du mail contenant le résultat a une incidence sur la réactivité des patients à se déclarer" dans l'application, ainsi que la réception d'un courrier papier, ont-ils indiqué.

    StopCovid représente "la possibilité d'un nouveau modèle de prévention sanitaire", a commenté Maurice Pierre-Planel. "Nous savons que les chiffres [d'activation] pourraient être plus significatifs. La perspective d'une deuxième vague de l'épidémie à l'automne nous incite à améliorer l'application et pousser pour une diffusion la plus large possible."

    En Guyane, où la situation sanitaire est moins bonne qu'en métropole, d'autres "actions spécifiques" ont été mises en place pour inciter les citoyens à télécharger l'application dont sa traduction en 6 langues locales et l'envoi de SMS à la population.

    Une première vague de 20.000 SMS a permis d'observer "plusieurs milliers de téléchargements dans les heures qui ont suivi", a rapporté Cédric O.

    Le développement d'un objet connecté comme alternative aux personnes sans smartphones, réalisé notamment par la société spécialisée dans les objets médicaux connectés Withings, devrait voir l'arrivée d'un "premier prototype du protocole opérationnel" dans "la première quinzaine de juillet", a par ailleurs indiqué le PDG de l'Inria Bruno Sportisse.

    Les épidémiologistes Simon Cauchemez de l'Institut Pasteur et Vittoria Colizza de l'Inserm ont tous deux insisté sur l'utilité de l'application en tant que complément du contact tracing "traditionnel", réalisé par le médecin et les "brigades sanitaires", et en cas de deuxième vague.

    Simon Cauchemez s'est dit "persuadé" qu’"en cas de reprise de l'épidémie, les Français verront l'intérêt de StopCovid".

    "L'épidémie baisse mais elle est toujours là, c'est le moment idéal pour tester cet outil", a jugé Vittoria Colizza."Le taux d'adoption est le paramètre clé, mais le seuil de 60% n'est pas nécessaire", a-t-elle ajouté en référence à une étude parue dans la revue Science et régulièrement citée par les détracteurs de l'application.

    Ni Vittoria Colizza, ni aucun des participants à cet évènement n'a toutefois donné d'objectif chiffré d'adoption de StopCovid.

    Coût de 100.000 € hors taxes par mois minimum

    Le coût de StopCovid est estimé à 100.000 € hors taxes par mois minimum, a indiqué Cédric O au cours de la même conférence de presse.

    Un accord-cadre relatif au coût de l'application entre l'Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria) et la DGS est entré en vigueur le 2 juin, a rapporté Cédric O.

    Jusqu'Ă  cette date, les entreprises et instituts de recherche de l'Ă©quipe-projet StopCovid travaillaient gratuitement.

    "Trois partenaires seront rémunérés", a expliqué Cédric O: la filiale de Dassault Systèmes, Outscale, qui héberge l'application; Lunabee, qui développe et maintient et l'application; et l'entreprise de services du numérique Capgemini, qui assure l'architecture du projet.

    Capgemini "a proposé de travailler pro bono jusqu'à fin août et nous avons accepté. Nous passerons ensuite un appel d'offres", a-t-il précisé.

    Le coût de l'hébergement est estimé, dans la fourchette haute, à 40.000 euros hors taxes par mois.

    La maintenance et le développement est estimée à 60.000 euros hors taxes par mois en juin, puis 40.000 hors taxes par mois en juillet et août. A partir de septembre, quand il faudra rémunérer Capgemini ou son successeur, ce coût est évalué à 80.000 euros mensuels hors taxes.

    Ces projections sont valables jusqu'en décembre, l'application pouvant être mise en oeuvre "pour une durée ne pouvant excéder six mois après la cessation de l'état d'urgence sanitaire", celle-ci étant prévue au 10 juillet.

    Ces coûts "pourraient augmenter en cas de deuxième vague", a indiqué Cédric O.

    Par ailleurs, des "dépenses supplémentaires optionnelles" pourraient être engagées, à hauteur de 50.000 euros par mois pour un "appui au support utilisateur" et 30.000 par mois pour des "dépenses liées au déploiement" qui n'ont pas été détaillées.

    Le secrétaire d'Etat a insisté sur la comparaison avec les pays voisins, rappelant que la France a été un des premiers pays à déployer une application à l'échelle nationale sans s'appuyer sur l'API (interface de programmation) des géants américains Apple et Google.

    L'application anglaise a coûté 3,8 millions de livres sterling, l'allemande a coûté 20 millions d'euros auxquels il faut ajouter 2,5 à 3 millions d'euros mensuels, a-t-il déclaré.

    "L'application fonctionne bien. Nous détectons la plupart des contacts que nous devons détecter, un peu moins sur les iPhone que sur les téléphones équipés d'Android" du fait de spécifications plus restrictives concernant le Bluetooth sur les appareils d'Apple, a-t-il assuré. "Il n'y a pas eu de problème de confidentialité ou de vie privée."

    Cédric O a également été interrogé sur les observations du chercheur en cryptographie à l’Inria Gaëtan Leurent, relayées notamment par Mediapart, qui montrent que StopCovid fait remonter au serveur central beaucoup plus d'informations que ce qui était prévu par les textes, notamment quand les contacts ne correspondent pas au critère sanitaire de plus de 15 minutes à moins d'un mètre. Selon Numerama, la Cnil n'en était pas informée au moment où elle s'est prononcée sur le projet d'application.

    Il a d'abord répondu que "ce n'est pas une révélation, le calcul d'exposition se fait sur le serveur central comme c'est prévu dans le protocole Robert disponible en ligne", avant d'indiquer qu'"un filtre était prévu [pour éviter que trop d'informations remontent au serveur], mais qu'il n'était pas prêt".

    La Cnil a lancé début juin une campagne de contrôles des systèmes d'information (SI) de traçage des cas contacts, dont StopCovid, rappelle-t-on.

    LĂ©o Caravagna
    leo.caravagna@apmnews.com

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