L’actualité numérique des industries de santé

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    Etudes

    Gustave-Roussy valide le dispositif "Capri" pour le télésuivi des patients traités par anticancéreux oraux

    VILLEJUIF (Val-de-Marne) (TICpharma) - Le dispositif de télésurveillance "Capri" initié par l'institut Gustave-Roussy a démontré sa capacité à diminuer les toxicités liées à des effets secondaires et pourrait devenir "le nouveau standard de suivi des thérapies orales en cancérologie", a annoncé le 29 mai le centre de lutte contre le cancer (CLCC) au congrès de l'American Society of Clinical Oncology (ASCO) 2020.

    Le dispositif CAPRI (CAncérologie, Parcours, Région, Ile-de-France) a démontré sa capacité à diminuer les toxicités liées à des effets secondaires, "qui peuvent parfois obliger à réduire ou interrompre les traitements, et à diminuer à la fois le nombre et la durée des hospitalisations liées à ces toxicités", s'est félicité l'institut dans un communiqué présentant les résultats d'une étude.

    Le dispositif développé à Gustave-Roussy depuis 2015, et opérationnel depuis 2016, propose une solution de télésuivi s’appuyant sur un accompagnement de bout en bout par une équipe de deux infirmières de coordination.

    Concrètement, après un entretien initial, qui suit la consultation de prescription du traitement anticancéreux oral et approfondit les informations données par l’oncologue sur la prévention et la gestion des possibles effets secondaires, le patient est inscrit dans le dispositif.

    L’interface numérique CAPRI (plateforme internet et application mobile) est accessible au personnel soignant extérieur désigné par le patient (médecin traitant, pharmacien, infirmiers à domicile) et lui permet de visualiser et enregistrer l’ensemble de ses rendez-vous.

    S’y trouvent également les comptes rendus médicaux, les coordonnées des professionnels de santé intervenant dans sa prise en charge et l’accès à une sélection d’informations médicales validées sur sa maladie, le traitement et ses effets.

    Elle lui permet surtout de transmettre à tout moment, toute donnée relative au suivi de son traitement -questions ou inquiétudes-, à l’équipe d’infirmières de coordination, également joignables sur une ligne dédiée.

    "L’idée n’est en aucun cas qu’elles soient simplement un interlocuteur de plus dans le parcours de soin des patients, mais un véritable recours", a insisté le Dr Olivier Mir, oncologue à Gustave-Roussy et investigateur principal de l’étude, cité dans le communiqué du CLCC.

    Ces infirmières assurent, par ailleurs, un suivi régulier de l’état général du patient, par téléphone ou messagerie sécurisée, à un rythme programmé lors de l’initiation du protocole. Dans le cadre de l’étude, il était établi à un suivi hebdomadaire pendant un mois et demi, puis espacé "peu à peu".

    A chaque contact avec le patient, l’infirmière renseigne une fiche d’intervention. À la moindre alerte, elle se réfère à l’arbre décisionnel qui était le dispositif: une série d’algorithmes conçus pour définir la conduite à tenir face à chaque situation problématique, chaque symptôme, selon leur intensité ou gravité et l’état du patient.

    "Toutes les toxicités, sauf grave de grade 3 qui impliquerait un arrêt de traitement, ne nécessitent pas l’intervention de l’oncologue", a rappelé le Dr Mir. "Dans 75% des cas, selon les premiers retours d’expérience du projet, les infirmières de coordination sont à même de répondre seules aux sollicitations du patient et peuvent anticiper des situations cliniques complexes, avec des résultats significatifs."

    Une cohorte de 609 patients pour tester le dispositif

    Pour prouver l'efficacité clinique du dispositif CAPRI, 609 patients, "atteints de tout type de cancers métastatiques, à l’exclusion de ceux qui étaient déjà enrôlés dans un autre essai clinique", ont été recrutés entre 2016 et 2019.

    Tous étaient traités par un anticancéreux oral, thérapie ciblée ou chimiothérapie, à l’exclusion de l’hormonothérapie seule. Dans le détail: 47% d’entre eux avaient précédemment déjà reçu deux ou trois lignes de traitement préalables, 41% étaient âgés de plus de 65 ans. La moitié des patients recrutés dans l’étude a bénéficié, en plus du suivi standard par leur oncologue-référent, du télésuivi CAPRI.

    Le critère principal de l’étude portait sur "l’évaluation de la dose intensité relative (RDI) à six mois", a fait savoir le CLCC Gustave-Roussy dans l'abstract de son étude. "Au terme de ce semestre, la dose intensité relative se révèle significativement plus élevée dans le bras CAPRI (93,4%) que dans le groupe 'suivi standard' (89,4%)."

    Le dispositif a également amélioré l’expérience-patient. Les toxicités de grade 3-4 (les plus sévères) sont inférieures (27,6% vs 36,9%). Le nombre d’hospitalisations en cours de traitement oral est diminué dans le groupe CAPRI (15,1% vs 22%) et le nombre de journées également (2,82 jours en moyenne vs 4,44 jours).

    "Alors que les anticancéreux oraux se développent, tous les patients auxquels ils sont prescrits pourraient désormais bénéficier d’un tel dispositif de suivi. La solidité scientifique de l’évaluation menée dans le cadre du projet et ses résultats lui permettent de s’imposer comme nouveau standard de suivi des traitements anticancéreux oraux", s'est réjoui le Dr Olivier Mir.

    "Aucun des patients enrôlés dans l’étude menée à Gustave-Roussy n’a été perdu de vue. Alors que 41% étaient âgés de plus de 65 ans et 14% de plus de 75 ans, l’âge ne s’est pas révélé être un frein à l’usage d’une plateforme numérique", apprend-t-on également.

    "À condition de mettre les moyens dans l’organisation humaine et de former les infirmières d’oncologie à ce nouveau métier d'infirmière de coordination, le dispositif est parfaitement transposable à tous les centres de traitement de cancers", a souligné le Dr Mir.

    Un "CAPRI-2" sur les rails

    Pour certains cancers, les traitements anticancéreux oraux sont devenus le standard de traitement, y compris initial mais "[s']il est d’usage de vérifier sa bonne tolérance, 15 jours à trois semaines après initiation du traitement", hors rendez-vous usuels avec l’oncologue, tous les trois mois, "aucune recommandation scientifique claire n’indique à quel rythme il convient de suivre un patient sous thérapie orale", a expliqué le Dr Mir.

    Or, à l’usage, ces traitements provoquent de nombreux effets secondaires, de tous types. "Le problème, lorsqu’ils surviennent, est que cela se produit à la maison. Compte tenu de la multiplicité des molécules sur le marché, ni les médecins traitants ni les pharmaciens d’officine ne sont préparés à les gérer", a complété l'instigateur de l'étude.

    "Ne pas les traiter à temps accroît le risque de toxicités graves, nécessitant dans certains cas d’hospitaliser le patient, et plus souvent de réduire, voire d’arrêter son traitement", a-t-il alerté.

    "Alors que l’intensité de dose de traitement effectivement reçue par le patient (dose intensité relative ou RDI) est un enjeu majeur en oncologie, on estime que pour les anticancéreux oraux, cette dose intensité relative ne dépasse pas les 85%. Cela signifie que 15% des patients sous thérapie orale suspendent momentanément leur traitement anticancéreux ou doivent réduire les doses qui seraient nécessaires pour soigner leur cancer."

    Diminuer ce risque lié aux effets secondaires et augmenter le taux de RDI, par un suivi plus soutenu des patients éloignés de l’hôpital représentait tout l’enjeu du projet CAPRI. "La force du dispositif et de son évaluation étant de s’intéresser à des patients traités dans la vraie vie, avec des molécules qui sont déjà sur le marché", a insisté le Dr Mir.

    Meilleure tolérance des traitements, diminution des toxicités et des hospitalisations, expérience-patient améliorée: l’étude clinique randomisée de phase III, présentée en communication orale à l’ASCO 2020, démontre que la solution innovante de télésuivi personnalisé, issue des recherches menées à Gustave-Roussy, remplit ces objectifs.

    "Certains hôpitaux intéressés, ayant eu connaissance de l’expérimentation, ont d’ailleurs déjà pris contact avec Gustave-Roussy pour bénéficier de son expertise", a annoncé l'institut, qui rappelle aussi que le dispositif "se révèle extrapolable à d’autres situations nécessitant un télésuivi à domicile", comme avec le dispositif exceptionnel "CAPRI-Covid" mis en place dans le cadre de l'épidémie de Covid-19, qui empêchait toute visite à l'hôpital ou en CLCC.

    L’institut de cancérologie se fixe désormais l’objectif d’un CAPRI‑2. "Nous réfléchissions déjà avec nos services à travailler sur des cohortes dédiées, pour détailler l’étude par cancers ou sous-types de traitements oraux et encore mieux comprendre les motivations des patients à suivre leur traitement", est-il détaillé.

    "À l’avenir, CAPRI pourrait aussi être développé et évalué pour le suivi de thérapies orales au long cours, comme l’hormonothérapie. Prescrite en traitement adjuvant dans les cancers de la prostate, et pendant au moins cinq ans pour certains cancers du sein, elle expose elle aussi à des effets secondaires, qui poussent parfois les patients à l’interrompre", a expliqué le CLCC.

    Wassinia Zirar
    Wassinia.Zirar@apmnews.com

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