L’actualité numérique des industries de santé

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    Les 12 travaux d'un Chief Digital Officer de laboratoire pharmaceutique

    PARIS (TICpharma) - Assurer la cohérence des projets digitaux, diffuser la culture numérique au sein de l'entreprise, jongler avec les contraintes techniques: les Chief Digital Officers (CDO) des laboratoires Janssen (groupe Johnson & Johnson) et Pierre Fabre, Clarisse Pamies et Thierry Picard, ont fait part à TICpharma des défis rencontrés au quotidien dans l'exercice de leurs fonctions.

    L'émergence des CDO, ou directeurs de la transformation digitale, est récente. Si tous les laboratoires pharmaceutiques n'en ont pas encore nommé (voir dépêche du 28 novembre), ceux qui l'ont fait appréhendent parfois différemment leurs missions.

    Au sein de la branche médicaments et santé du groupe Pierre Fabre, Thierry Picard supervise depuis octobre 2015 la digitalisation de l'ensemble de la chaîne de valeur du laboratoire, du marketing à la R&D, en passant par les ventes et la communication.

    "Le seul métier pour lequel nous avons décidé de prendre du recul, car les mutations sont profondes et les investissements colossaux, c'est la supply chain", a-t-il expliqué à TICpharma.

    Son action de CDO s'est toutefois "prioritairement dirigée" vers "les premiers consommateurs du digital" que sont les services marketing et communication, afin de leur fournir des outils et de structurer leurs démarches numériques, a-t-il relaté.

    L'étape suivante a été de "se servir de ces succès pour pousser d'autres métiers comme le commercial ou les ressources humaines à s'interroger sur l'utilisation de ces outils, et à remettre en question leur organisation", a poursuivi Thierry Picard.

    "Faire du digital, ce n'est pas seulement se dire que l'on met tel pourcentage d'un budget sur la promotion sur internet. C'est aussi challenger nos façons de travailler, et penser de vrais dispositifs digitaux de bout en bout", a-t-il souligné.

    Cette nécessaire pédagogie auprès de l'ensemble des métiers de l'entreprise est aussi soulignée par Clarisse Pamies, CDO de Janssen France depuis mai 2016. "Le poste de CDO est difficile à définir, et donc encore plus difficile à faire comprendre à nos collègues", a-t-elle témoigné.

    Un de ses premiers objectifs a été de "remonter les lignes des projets portés par les différentes équipes produits pour insuffler la culture digitale plus en amont". "Il faut faire attention aux projets 'paillettes' et être certain de ne pas faire du digital juste pour cocher une case", a-t-elle détaillé.

    Elle a également installé des groupes de travail faisant appel à "toutes les bonnes volontés" afin de "faire mûrir l'esprit digital" en réfléchissant à l'utilisation des outils CRM, à la communication multicanal et à la transformation de l'entreprise.

    Le poste de Clarisse Pamies est tourné "à 60%" sur la communication digitale envers les professionnels de santé et les patients, a-t-elle indiqué. La partie R&D, qui présente d'importants défis en termes de digitalisation des essais cliniques reste dans "la ligne de mire" de la CDO mais elle est surtout gérée au niveau monde du fait d'une organisation de la recherche globalisée au sein de Johnson & Johnson.

    Organiser la gouvernance du numérique

    Les deux CDO s'appuient sur une équipe transversale de quatre personnes, en plus des responsables digitaux présents dans les équipes produits et dans les différentes branches de leur entreprise.

    Ces salariés doivent allier des compétences techniques et relationnelles pour assurer la diffusion de la culture numérique. "Nous sommes des profils hybrides, des sortes de moutons à cinq pattes qui devons à la fois avoir les mains dans le cambouis de la technologie et sensibiliser les managers", a souligné Clarisse Pamies.

    Côté management, le rattachement des CDO de Pierre Fabre et de Janssen aux instances de gouvernance des entreprises diffère.

    Quand Clarisse Pamies réfère au directeur financier et stratégie client de Janssen, Benoit Mennes, le CDO de Pierre Fabre médicament et santé est directement rattaché au président de la division, Frédéric Duchesne.

    Thierry Picard participe à un comité exécutif qui réunit tous les trois mois les membres du comité de direction de Pierre Fabre avec un ordre du jour "exclusivement digital", a-t-il expliqué.

    Ce comité a pour objectif d'"alimenter les feuilles de route digitales de chaque métier et d'en assurer le suivi", a-t-il précisé. En parallèle, le groupe pharmaceutique a mis en place une "Core team digital" réunissant tous les 15 jours les représentants des principales directions (RH, communication, DSI etc.) sous l'égide d'Olivier Siegler, directeur des process numériques et de l'organisation.

    Trouver l'appui des directions

    Malgré son absence des réunions du comité de direction, Clarisse Pamies poursuit l'objectif d'"accentuer en 2017 la révolution digitale" de ce comité.

    "Faire entrer les collaborateurs dans cette révolution n'est pas évident. Le numérique porte en lui quelque chose de très anxiogène. C'est pourquoi le comité de direction a choisi de lancer un chantier appelé 'Génie Digital' qui a pour objectif d'insuffler un état d'esprit plus digital à l'ensemble de l'entreprise", a-t-elle expliqué.

    La CDO travaille ainsi à la mise en place de "learning expedition" consistant à amener des équipes de Janssen à visiter des entreprises du secteur digital comme Google pour mieux apprendre de leurs méthodes et de leurs fonctionnements.

    Elle veut également favoriser le "reverse mentoring", nouveau genre de mentorat inversé où de jeunes salariés poussent les cadres dirigeants à se pencher sur des cas pratiques d'usage du numérique.

    Plus que l'aspect technique de leurs métiers, les deux CDO ont mis l'accent sur leur capacité à "transformer" l'entreprise.

    "Toutes mes expériences ont en commun le fait de faire prendre conscience à l'entreprise que le digital impacte son marché, le comportement de ses clients, et donc qu'il doit l'amener à réagir et à se transformer", a appuyé Thierry Picard, qui a exercé auparavant dans le secteur de la presse, des administrations publiques et de la distribution.

    S'adapter aux contraintes techniques

    Dans un groupe pharmaceutique, comme dans toute autre grande entreprise, cette mission de pionnier de la transformation ne va pas sans contraintes.

    Contrairement aux idées reçues sur le poids de la réglementation dans les industries de santé, Clarisse Pamies estime que "les points de blocage sont moins d'ordre règlementaire que technique et informatique".

    "La menace numéro 1 de la transformation digitale dans un grand groupe comme le nôtre, c'est la globalisation des outils directement poussés par les équipes mondiales", a-t-elle ajouté.

    Elle a cité les exemples du déploiement d'un intranet mondial pour tous les salariés du groupe Johnson & Johnson, ou l'adoption de règles de développement informatique pour la construction d'applicatifs ou de sites internet pour professionnels de santé.

    "Les raisons de cette centralisation sont tout à fait légitimes: moins de disparités en ce qui concerne l'accès à l'information, une communication plus fluide entre les pays, un univers graphique unique. Mais ces outils sont développés par un groupe restreint puis appliqués à tous de manière égale", a-t-elle regretté.

    Clarisse Pamies a insisté sur le rôle du CDO dans la création de "capabilities", c’est-à-dire d'outils et de "briques clés" pour que les équipes puissent se saisir du digital, à l'instar d'une plateforme d'envoi de mails intégrant la possibilité de personnalisation des envois.

    Loin d'être pessimistes sur leur capacité à faire bouger les lignes, les deux CDO ont partagé le caractère stimulant de leurs fonctions et les chantiers importants qui s'ouvrent à eux.

    Côté Pierre Fabre, Thierry Picard s'est dit confiant dans "la capacité du secteur à se structurer" et à "aller plus vite sur des choses essentielles" car "la santé comme le numérique touchent la vie quotidienne des gens et leur intimité". Chez Janssen, Clarisse Pamies souligne "les opportunités" et "les libertés" offertes par un métier nouveau où "tout reste à inventer".

    Raphael Moreaux
    raphael.moreaux@apmnews.com

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