L’actualité numérique des industries de santé

    L’actualité numérique des industries de santé

    L'edito Hebdo du vendredi 6 mai 2022

    Quand la technologie rétrograde

    Depuis quelques jours, les Etats-Unis sont secoués par une vague de mobilisation qui oppose les militants pro et anti-avortement, après la fuite d'un avis de la Cour suprême qui pourrait abroger la décision "Roe v. Wade" de 1973. Créée en 2016, la société américaine SafeGraph, collecte, analyse et vend des données. Quel rapport? Au milieu des pétaoctets de données en vente libre, figurent celles de localisation des femmes qui se rendent au planning familial ou dans les centres d'avortement américains. Concrètement, SafeGraph vend des "lots de données de localisation" collectées via des applications basiques téléchargées par les utilisateurs, comme les apps météo, a rapporté Vice. Ces informations sont collectées grâce aux kits de développement logiciel (software development kit ou SDK) installés par les développeurs d'applications. Ils leurs permettent d'envoyer les données de localisation des utilisateurs à des entreprises clientes, contre rétribution. Dans la grande majorité des cas, les utilisateurs ne savent même pas que ces applications aspirent et transmettent leurs données de localisation. La fédération Planned Parenthood, qui regroupe les plannings familiaux américains, fait partie des organisations "suivies" par SafeGraph. Pour 160 dollars, le média américain s'est procuré des données de localisation des patientes de 600 Planned Parenthood à travers le pays. Date et heure de passage, provenance et durée de la visite: des informations explosives, à l'heure où les militants anti-avortement se radicalisent et alors que la législation peut basculer. "C'est très dangereux de laisser quelqu'un acheter les données de localisation des personnes qui se rendent dans des centres d'avortement. Cela peut mener à la dénonciation d'une patiente qui traverse les frontières de l'État pour un avortement, quand c'est interdit chez elle", a notamment déploré Zach Edwards, un chercheur en cybersécurité américain, contacté par Vice. Pour les experts, il est facilement possible de réidentifier les personnes. Sous le feu de la polémique, SafeGraph a promis le 4 mai qu'il ne vendra plus les données de localisation concernant les plannings familiaux, mais combien l'ont déjà été? Outre les interrogations d'ordre juridique, cette situation pose des questions éthiques et rappelle une règle fondamentale: la technologie n'est pas toujours synonyme de progrès.

    Wassinia Zirar