L’actualité numérique des industries de santé

    L’actualité numérique des industries de santé

    L'edito Hebdo du vendredi 29 novembre 2019

    Quand maître YouTube fait la classe aux chirurgiens

    Si tu ne sais pas quelque chose, demande à Google! La pratique est courante dans nos vies quotidiennes, lorsque nous cherchons un itinéraire ou une recette de cuisine mais il n'en est pas de même dans notre univers professionnel, où nous redoublons de méfiance face aux informations tirées de la toile. Les chirurgiens américains, eux, ne semblent avoir d'inquiétude sur la qualité des contenus en ligne et fondent leurs espoirs de parfaire leur formation pratique sur... YouTube. La plateforme -qui appartient à Google- accueille des "dizaines de milliers de vidéos d'opérations chirurgicales", a rapporté le site américain CNBC. En janvier, des chercheurs de l'université de l'Iowa ont listé plus de 20.000 vidéos liées à la chirurgie de la prostate, contre 500 seulement en 2009. Lorsque ces chercheurs ont interrogé les étudiants en quatrième année de médecine de leur université, ceux-ci ont confirmé que YouTube était "de loin" la source vidéo la plus utilisée pour la préparation chirurgicale. Depuis qu'elle existe, la vidéo fait partie intégrante de la formation théorique et pratique des professionnels de santé mais son explosion et le recours à une plateforme éditée par un GAFAM interroge. L'absence d'évaluation de ces contenus par un régulateur agréé et le manque d'informations contextuelles nécessaires à toute situation concernant directement un patient posent problème. En effet, comment s'assurer que cette opération se déroule réellement bien? Comment garantir la justesse du protocole chirurgical? David Feinberg, patron de la division santé de Google, a décidé de se pencher sur le sujet et promet que ses équipes "travaillent à mieux gérer les contenus médicaux sur YouTube". En attendant, la question du consentement du patient et la garantie de son anonymat sont d'autres questions que Google ne semble pas encore s'être posé et que les chirurgiens vidéastes devraient, eux, aborder. Finalement, ne vaudrait-il pas mieux exprimer ses doutes et chercher des réponses auprès de pairs expérimentés avant de se tourner vers maître YouTube?

    Wassinia Zirar