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    L'informatique et le logiciel, clés de voûte de la stratégie de Philips dans la santé

    SURESNES (TICpharma) - Le président de Philips France et directeur général de la division Health Systems, David Corcos, revient dans un entretien à TICpharma sur le repositionnement du groupe dans le secteur de la santé connectée, soulignant que l'essentiel de ses investissements "ne se font plus dans les équipements, mais dans les logiciels".

    Fondé en 1891 autour du commerce de lampes à filament, le conglomérat néerlandais Royal Philips, qui emploie 110.000 personnes dans plus d'une centaine de pays, est en passe de devenir un véritable cas d'école en termes d'adaptation d'un grand groupe à l'évolution des technologies, en particulier informatiques.

    Près de trois ans après avoir annoncé la scission de son activité éclairage pour se concentrer sur le marché de la santé, le groupe semble avoir réussi sa mue, avec des taux de croissance du chiffre d'affaire de l'ordre de 5% par an, et un rythme soutenu d'acquisitions et de partenariats avec des entreprises de la "HealthTech" (voir encadré ci-dessous).

    Des systèmes d'imagerie médicale aux dispositifs médicaux connectés, en passant par l'aide à la décision, la prévention et le diagnostic, Philips "a placé l'informatique au cœur de sa stratégie", a expliqué à TICpharma David Corcos.

    Cette stratégie consiste à "augmenter" les équipements traditionnels développés par le groupe avec des solutions informatiques, et se traduit d'abord par des investissements importants. "Royal Philips investit chaque année 1,7 milliard en R&D, et 70% de cette enveloppe est dirigée vers des développeurs qui font du logiciel", a précisé le directeur général.

    Aux dispositifs d'acquisition des images, Philips adjoint ainsi des logiciels avancés de post-traitement et des algorithmes basés sur la littérature scientifique en vue d'assurer un diagnostic plus précoce et plus précis des pathologies.

    Dans le champ de la cardiologie par exemple, l'application HeartModel lancée en 2017 permet, à partir d'images obtenues avec la sonde cardiaque Philips X5-1, d'obtenir une modélisation et une quantification des volumes de cavités cardiaques.

    Dernière nouveauté de Philips, l'échographe ultra portable et connecté Lumify profite de la miniaturisation des technologies et de l'informatisation pour proposer un outil portable, utilisable en mobilité et associé à un smartphone ou une tablette.

    Autre exemple, cette fois-ci dans le domaine de l'anatomo-pathologie: le rachat de la société nord-irlandaise PathXL, spécialisée dans l'analyse numérique d'imagerie, a permis à Philips de proposer, en plus des scanners de numérisation des lames de tissu, un algorithme de calcul du nombre de cellules cancéreuses et de comparaison de la tumeur avec des banques d'images pour proposer un diagnostic.

    "Voilà un exemple très concret d'algorithme, inscrit dans le quotidien de l'anatomo-pathologiste dont le métier est en pleine révolution digitale", a commenté David Corcos.

    Le directeur général de Philips France a résumé les apports de l'informatique dans sa gamme de produits en trois grands axes: "le traitement en temps réel et en continu du workflow", les algorithmes pour l'aide à la décision qui "font aujourd'hui l'actualité de ce que l'on vend", et "demain, l'intelligence artificielle avec la capacité des machines à apprendre, anticiper et proposer des scénarios thérapeutiques".

    La R&D planche ainsi depuis mars 2017, en partenariat avec l'entreprise américaine PathAI spécialisée dans l'apprentissage-machine (machine learning), au développement de solutions d'intelligence artificielle afin d'améliorer les diagnostics de cancer du sein.

    Le règne des plateformes informatiques

    Philips suit aussi l'essor des plateformes de centralisation des données pour mieux coordonner les soins et interpréter des informations issues de multiples sources.

    Le groupe néerlandais a lancé en 2017 la plateforme HealthSuite qui héberge les applications développées autour de ses objets connectés pour le domicile (brosse à dents, purificateur d'air, etc.) et centralise leurs données.

    Elle est également utilisée pour remonter les données d'observance des appareils de pression positive continue (PPC) de Philips installés au domicile de patients atteints d'apnée du sommeil ou de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO).

    Elle permet aux établissements hospitaliers et aux prestataires de santé à domicile d'assurer un télésuivi des patients, dans un contexte d'adaptation de la prise en charge des dispositifs médicaux de PPC en fonction de l'observance.

    Dans l'imagerie, Philips compte beaucoup sur sa plateforme IntelliSpace, "solution la plus vendue en France en termes de post-traitement des images, avec plus de 130 clients déployés", a assuré David Corcos.

    Elle assure la connexion entre des équipements de marques et de types différents (scanner, IRM, anatomo-pathologie, génomique) afin de fusionner les images générées et assurer leur post-traitement par des algorithmes.

    Traduire les images en données numériques

    Le groupe Philips, qui entend "se renforcer sur la filière oncologie", va "prochainement" proposer sur la plateforme IntelliSpace "des outils de réunion de concertation pluridisciplinaire [RCP] qui permettent de voir dans un même espace de travail des données multimodales et multimarques, afin d'y appliquer des algorithmes de diagnostic plus rapide et holistique", a annoncé David Corcos.

    Il a ajouté qu'une trentaine de chercheurs travaillent actuellement au centre de recherche de Philips à Suresnes (Hauts-de-Seine) dans le domaine de la "radiomique", à savoir "la traduction des images en données numériques permettant de réaliser une série de calculs et de comparaisons plus rapidement".

    La nouvelle plateforme d'imagerie interventionnelle de Philips, intitulée "Azurion" et rassemblant différents outils de radiologie interventionnelle (OncoSuite, Vascular Suite etc.) complète le mouvement de "plateformisation" du géant néérlandais.

    Elle sera présentée en France aux journées francophones de radiologie qui se tiendront du 13 au 16 octobre à Paris.

    Vers un patch connecté pour la télésurveillance cardiaque

    Philips entend aussi profiter de la reconduction pour quatre ans du financement des expérimentations de télésurveillance prévue par le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2018.

    "Nous souhaitons nous inscrire dans cette stratégie nationale, notamment dans le domaine de la cardiologie où nous pouvons mettre en place des équipements au domicile du patient, comme un logiciel, une tablette ou une balance connectée pour assurer un meilleur suivi post-opératoire", a expliqué David Corcos.

    Il a évoqué la sortie "prochaine" en France d'un patch connecté de Philips afin d'assurer le monitorage en continu de l'activité cardiaque des patients.

    "Nous prenons nos responsabilités en essayant d'inventer des produits de haute technologie et d'y ajouter des services et logiciels qui vont aider toute la chaîne des professionnels et structures de santé", a-t-il souligné.

    Résoudre l'équation du financement

    Reste que la France n'est pas le pays le plus actif en termes de transformation numérique de son système de santé.

    La dernière édition du "Future Health Index", enquête menée chaque année par Philips auprès de plus de 33.000 participants de 19 pays, place la France en queue de peloton des pays les plus engagés pour mettre le numérique au service de l'efficience des systèmes de soins.

    Publiée au mois de septembre, l'enquête montre notamment que 39% des Français attendent davantage de recommandations du corps médical sur les soins de santé connectée, et que 36% des professionnels de santé souhaitent être davantage formés sur le sujet.

    Près de 8 personnes interrogées sur 10 estiment par ailleurs que le système de santé français n'est pas suffisamment "intégré" et "coordonné".

    "On voit bien qu'il y a effectivement un retard, mais beaucoup de choses commencent à bouger", a constaté David Corcos, citant par exemple la réintégration du télésuivi de l'observance dans la prise en charge de la PPC.

    Il a indiqué "beaucoup attendre" du grand plan d'investissement annoncé par l'exécutif (voir dépêche du 27 septembre 2017), qui doit "permettre à la France de rattraper un retard certain en terme d'informatisation des établissements de santé et d'efficience du système".

    Car l'un des impératifs de la transformation numérique de la santé est de "résoudre l'équation du financement", a-t-il jugé. Pour David Corcos, "si les technologies ne se déploient pas, c'est que les professionnels de santé n'y voient pas de financements associés, et qu'elles prennent du temps supplémentaire que leur modèle économique ne permet pas d'absorber".

    Acquisitions et partenariats noués par Philips dans la santé depuis 2015
    En informatique de santé: acquisition de PathXL et Wellcentive. Partenariats avec Pegasystems, Dutch care organization Cordaan, Visiopharma, Qualcomm Life, Gavi (alliance du vaccin) et Banner Health.
    En cardiologie: acquisition de Volcano, Spectranetics Corporation, CardioProlific et TomTec Imaging Systems GmbH, et partenariat avec Masimo et B.Braun.
    En oncologie: acquisition d'Unisensor et partenariats signés avec IBA, Masimo, N-of-One, Illuminia Inc., PathAI, B.Braun, le Memorial Sloan Kettering Cancer Center et Navican
    Dans le domaine respiratoire: acquisition de RespirTech et d'APSS (Australian Pharmacy Sleep Services), partenariat avec la start-up française Macadam Tonic
    Dans le traitement de la fertilité: acquisition de Health&Parenting et partenariat avec Masimo.
    Raphael Moreaux

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