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    iBionext: "l'atelier de construction" de start-up santé à la sauce Bernard Gilly

    PARIS (TICpharma) – Le réseau iBionext est un "atelier de construction" de start-up du domaine de la santé visant à créer et financer des entreprises porteuses de "technologies de rupture" dans un contexte de transformation des systèmes de soins , a expliqué son président, Bernard Gilly, dans un entretien accordé à TICpharma.

    Un secteur de la santé "en train d'être transformé de façon radicale, comme jamais il ne l'a été depuis la deuxième moitié du XXe siècle" sous l'effet de contraintes démographiques et budgétaires, une vague technologique qui fait apparaître de nouveaux entrants sur le secteur et un "manque crucial" de "financements de croissance" pour les start-up en France: voilà ce qui a conduit Bernard Gilly à créer en 2011 le réseau iBionext, et à lui adosser en 2016 le fonds de capital-risque iBionext Growth Fund.

    Passé par le groupe Mérieux, le fonds Sofinnova, puis fondateur de la biotech Fovea qu'il a revendue en 2009 à Sanofi, Bernard Gilly est souvent décrit comme un "serial entrepreneur". Ni fonds d'investissement, ni accélérateur de start-up, ou plutôt les deux à la fois, le réseau iBionext qu'il préside est une structure hybride qui abrite dans le XIIe arrondissement de Paris une pépinière d'entreprises créées, accompagnées et financées par le réseau (photo ci-dessus).

    "Notre objectif est de financer des innovations de rupture qui changent la vie des patients, ou un paradigme quelconque du système de santé, en assurant la croissance de sociétés réunies sous un même toit et profitant d'une mutualisation de services", a résumé Bernard Gilly auprès de TICpharma.

    "Nous avons un très bon environnement en France pour financer la création d'entreprises, mais il nous manque de l'argent pour financer la croissance des entreprises", a-t-il poursuivi, jugeant "criminel" de ne pas soutenir davantage "un tissu de start-up françaises qui fleurit et bouillonne de tous les côtés".

    Estimant que la mainmise des laboratoires pharmaceutiques et des fabricants de dispositifs médicaux sur le secteur de la santé est "en train de voler en éclat", notamment sous les coups de boutoir des géants des technologies experts de la gestion de données, Bernard Gilly a développé une méthodologie très cadrée pour accompagner la croissance de ceux qu'il souhaite voir devenir "les leaders de la santé de demain". Elle se décline en trois phases intitulées "Spot", "Boost" et "Growth".

    Un processus industrialisé de construction de start-up

    A la différence d'un incubateur classique, le réseau iBionext ne part pas de l'identification de start-up déjà existantes, mais d'une simple question à laquelle le secteur industriel n'apporte pas de réponse comme "peut-on prédire qu'un insuffisant cardiaque va avoir un infarctus dans les 2 heures?" ou "peut-on arrêter la neurodégénérescence ?'".

    iBionext réunit une à deux fois par an un réseau d'experts académiques et professionnels du développement pour poser ces questions, établir la revue de ce qui existe, déterminer les technologies qui peuvent y répondre et ses domaines d'application, et anticiper les étapes nécessaires à la production d'une solution.

    C'est le point de départ de la phase "Spot". Il peut durer plus de 3 ans et consiste à "dérisquer un maximum" les projets. "On ne va pas investir tout de suite mais anticiper toutes les étapes du projet pour qu'au moment de l'investissement, il n'y ait plus que de l'exécution à faire dans les 24 prochains mois. C'est la recette du succès et de la rapidité", a souligné Bernard Gilly.

    Au cours de cette phase, des porteurs de projet potentiels sont identifiés par iBionext, qui leur propose de prendre la tête d'une entreprise créée et hébergée en son sein pour mener à bien les développements.

    Ce n'est qu'une fois cette étape de "dérisquage" terminée qu'iBionext co-fonde l'entreprise et y investit, par l'intermédiaire de son fonds d'investissement, iBionext Growth Fund.

    A partir de là, la société créée entre en phase "boost" et bénéficie de 24 mois pour arriver à une preuve de concept de son produit. Elle dispose au sein du réseau iBionext d'un accès à des ingénieurs brevets, des juristes et à un ensemble de fonctions support pour gérer la comptabilité et la paye par exemple.

    Une fois la preuve du concept apportée, l'entreprise entre dans la phase "grow" sur laquelle le fonds d'iBionext peut investir 10 millions à 15 millions d'euros tout en ouvrant le capital à d'autres investisseurs. A terme, la société peut être totalement acquise par une autre entreprise, ou entrer en Bourse.

    Méthodologie prouvée

    Bernard Gilly a validé cette méthode en trois étapes sur plusieurs sociétés déjà créées par iBionext. Pixium Vision, créé en 2012, conçoit des systèmes de vision bionique pour les patients atteints de rétinite pigmentaire. Elle est entrée en Bourse en juin 2014 et a obtenu le marquage CE en 2016 pour son implant Iris II.

    Gensight Biologics, créée en 2013, entend traiter les maladies neurodégénératives de la rétine et du système nerveux central par thérapie génique. Son candidat médicament le plus avancé, GS010, est actuellement en étude de phase III. Elle est entrée en Bourse en juillet 2016.

    Gecko Biomedical, créée en 2013, travaille sur un patch chirurgical à base de biopolymères permettant d'éviter les points de suture et prévoit de démarrer la commercialisation au sein des hôpitaux d'ici la fin 2017.

    De la création d'une structure à la commercialisation d'un produit, "ce sont des délais de développement exceptionnellement courts", a relevé Bernard Gilly. A ce jour, 5 entreprises sont en phase "boost" chez iBionext, et 5 autres en phase "spot".

    Parmi les structures en "boost", on note la présence de Chronolife, start-up qui conçoit un dispositif de télésurveillance de l'insuffisance cardiaque ou de la crise d'épilepsie à partir de capteurs intégrés à un t-shirt connecté et reliés à un smartphone. Il est actuellement en phase d'essai clinique à l'hôpital d'instruction des armées Percy et au centre chirurgical Marie-Lannelongue au Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine).

    La start-up Tilak Healthcare, également en phase "boost", développe des jeux vidéo thérapeutiques aidant au diagnostic et au suivi thérapeutique des maculopathies chroniques. Pour la diriger, iBionext a débauché un membre de la direction du spécialiste des jeux vidéo Gameloft. Le lancement des essais cliniques est prévu à l'automne 2017.

    Au total, iBionext a créé 9 entreprises, levé plus de 250 millions d'euros (Fonds iBionext Growth inclus), généré 6 essais cliniques et près de 150 emplois.

    Freins aux investissements

    Avec iBionext, Bernard Gilly entend pallier le manque d'investissements pérennes en Europe sur le secteur des nouvelles technologies en santé.

    "Une des raisons de cette frilosité des investisseurs tient à la structure du marché européen. Là où nos compétiteurs américains ont un marché de 330 millions de personnes, nous devons faire face à 27 marchés, regroupant certes 500 millions d'individus, mais aux réglementations différentes", a souligné Bernard Gilly.

    Il a également regretté que les agences sanitaires comme l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) ou la Haute autorité de santé (HAS) "n'ont pas les moyens ni les compétences nécessaires pour être en avance sur la technologie".

    "La réglementation est très importante mais il faut qu'elle soit dotée des moyens d'être une machine de guerre au service des patients et des intérêts économiques français, comme la FDA [Food and Drug Administration] est au service des intérêts américains", a-t-il poursuivi.

    Blocages institutionnels

    Bernard Gilly appelle à une "responsabilisation des administrations et des agences", notamment pour qu'elles se fixent et tiennent des délais d'instruction des dossiers.

    "Les politiques ont un vrai problème en France à admettre qu'au-delà d'un modèle social, il y a un secteur industriel de la santé qu'il faut aider à se développer", a-t-il martelé. Il a qualifié de "blague" la mise en place du forfait innovation qui permet, à titre dérogatoire et pour une durée limitée, une prise en charge totale ou partielle d'un dispositif médical innovant.

    Lui qui a "beaucoup milité" pour la mise en place de ce forfait a pointé les "conditions kafkaïennes" de son obtention et l'ironie de voir une société américaine, Second Sight, bénéficier du premier forfait débloqué par le ministère en 2014.

    Une décision que Bernard Gilly a eu d'autant plus de mal à avaler que Pixium Vision, issu du réseau iBionext, n'a pas été jugée éligible au forfait selon un avis du collège de la HAS dévoilé en mai.

    "La HAS, le forfait innovation… Ce sont de beaux outils à l'origine, mais on fait en sorte que ça ne fonctionne pas correctement, au service de l'économie et des patients", a-t-il regretté.

    Un cercle vertueux entre investisseurs, start-up et industriels

    Interrogé sur les rapprochements de plus en plus fréquents entre les start-up et les laboratoires pharmaceutiques et fabricants de dispositifs médicaux, et sur la multiplication des incubateurs créées par ces derniers, Bernard Gilly a esquissé un sourire.

    "Ces industriels, en particulier la pharma, ont été incapables d'innover en interne depuis 20 ans. Aujourd'hui, leurs équipes de chercheurs servent surtout à évaluer ce qui vient de l'extérieur", a-t-il noté, jugeant qu'une bonne part des hackathons et incubateurs créés par les acteurs pharmaceutiques ne relèvent "que de la communication".

    Il a toutefois mis en avant le "cercle vertueux" qui permet aux investisseurs de financer des start-up, ensuite rachetées par des laboratoires pharmaceutiques ou des professionnels de la technologie médicale.

    Parmi les technologies qui ouvrent de nouveaux potentiels aux industriels de santé, il a estimé que le deep-leargning, c'est-à-dire les techniques d'apprentissage machine, "va révolutionner l'approche médicale et s'appliquer à des secteurs très variés de la médecine".

    Il a également mentionné l'intérêt des thérapies géniques, notamment dans les maladies du système nerveux central. Mais "la meilleure technologie est celle qu'on ne connaît pas encore aujourd'hui", a-t-il relevé.

    Raphael Moreaux

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