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    Le diabète en figure de proue des stratégies "Beyond the Pill"

    PARIS (TICpharma) - Alors qu'un premier dispositif connecté d'autosurveillance de la glycémie va être pris en charge en France par l'assurance maladie, TICpharma passe en revue les dernières annonces des industriels de santé et des géants des technologies autour des produits développés pour une meilleure gestion du diabète à l'ère du numérique.

    Abbott, Sanofi, Roche, Medtronic, mais aussi Google et Apple. Les laboratoires pharmaceutiques, fabricants de dispositifs médicaux et spécialistes du numérique ciblent massivement le diabète pour proposer de nouveaux services.

    Ces stratégies dites "Beyond the Pill" (au-delà du médicament) consistent à compléter un traitement par un dispositif médical connecté ou un logiciel afin d'améliorer l'éducation thérapeutique du patient et son observance (voir dépêche du 9 septembre 2016).

    Reposant sur la mesure du niveau de glycémie, de laquelle dépend le calcul de la dose d'insuline à injecter, la gestion du diabète se prête particulièrement bien à l'utilisation d'outils de santé connectée.

    L'informatique, les algorithmes de calcul de la dose et l'envoi numérique d'informations au patient et au réseau de professionnels médicaux ou paramédicaux impliqués dans son suivi sont autant de services à forte valeur ajoutée pour veiller à l'équilibre glycémique, et notamment éviter des hospitalisations.

    Le recours aux technologies "sans contact" permet aussi de diminuer les contraintes et désagréments qui peuvent peser au quotidien sur les patients, à l'instar des piqûres au bout des doigts visant à prélever du sang pour mesurer la glycémie.

    Si les acteurs pharmaceutiques et technologiques ont d'abord joué la sur-communication autour de la signature de partenariats et le lancement de projets de recherche sur ces services, ces derniers mois ont été marqués par d'importantes avancées, autant du côté des industriels que des pouvoirs publics.

    C'est d'abord l'application mobile Diabeo, développée par Sanofi et Voluntis, qui a ouvert la voie à la prise en charge des solutions numériques de santé, en obtenant en septembre 2016 un avis favorable de la Haute autorité de santé (HAS), pour son apport dans le suivi et l'accompagnement des patients adultes diabétiques de type 1 (voir dépêche du 27 septembre 2016).

    Plus récemment, et cette fois-ci dans le champ des glucomètres connectés, le groupe Abbott a obtenu un accord en vue de l'inscription au remboursement du système d'autosurveillance de la glycémie FreeStyle Libre, commercialisé en France depuis 2014 (voir dépêche du 26 avril 2017). La population cible retenue regroupe les patients atteints de diabète de type 1 et 2 (adultes et enfants âgés d'au moins 4 ans) traités par insulinothérapie intensifiée.

    Le ministère des affaires sociales et de la santé a annoncé fin avril la prise en charge du dispositif à 100% par l'assurance maladie. Selon nos informations, l'arrêté relatif aux conditions de prise en charge devrait être publié d'ici dimanche 7 mai au Journal officiel. Il faudra ensuite attendre au moins un mois avant la mise à disposition en officine du FreeStyle Libre, pour l'instant uniquement disponible à la vente sur internet.

    Pour rappel, le "pack de démarrage" comprenant le lecteur glycémique et deux capteurs à coller sur le bras est actuellement proposé par Abbott pour 169,90€. Les capteurs, à renouveler tous les 14 jours, sont vendus au tarif de 59,90€ l'unité.

    Se différencier pour exister

    Il fait peu de doute que les prises de position des pouvoirs publics favorables à la prise en charge suscitent les espoirs de bien d'autres industriels engagés sur l'aire thérapeutique du diabète. Et pour tirer leur épingle du jeu, le temps est à la différenciation afin de proposer toujours plus de services, des technologies différentes du concurrent, des mesures de la glycémie plus régulières ou des capteurs à la durée de vie prolongée.

    Roche Diabetes Care (groupe Roche) mise sur le développement d'un capteur de glucose en continu implantable, et non plus seulement collé au bras du patient, qui pourrait fonctionner jusqu'à 180 jours.

    Le dispositif, appelé Eversense, est implanté chez plus de 500 patients (en Allemagne, aux Etats-Unis, aux Pays-Bas et en Italie). Il doit faire l'objet d'un essai clinique en France, prévu pour débuter en septembre (voir dépêche du 18 avril 2017).

    Le fabricant de dispositifs médicaux Medtronic a pour sa part annoncé le 19 avril l'arrivée en France de son système de mesure du glucose en continu (CGM) Guardian Connect, conçu pour les personnes diabétiques sous multi-injections.

    La différence par rapport aux CGM des concurrents: le système de mesure ne nécessite pas d'acheter un lecteur de glycémie. Un transmetteur de petite taille attaché au capteur de mesure envoie directement les informations collectées toutes les cinq minutes, via une connexion Bluetooth, sur une application mobile téléchargeable sur smartphone.

    Medtronic suit ici la logique du "Bring your own device" qui consiste à proposer un service sur un outil déjà utilisé par le patient au quotidien, et non pas sur un nouveau terminal dont il devrait s'équiper.

    Guardian Connect propose également un service d'alertes SMS personnalisables permettant d'informer les professionnels de santé et les proches des patients en cas d'hypoglycémie ou d'hyperglycémie.

    Google et Apple à l'affût

    Les géants d'internet et du numérique ne sont pas en reste. Toujours dans le champ de la mesure du glucose en continu, Apple travaillerait depuis cinq ans au développement de capteurs optiques non invasifs qui pourraient fonctionner avec la montre connectée Apple Watch.

    Selon la chaîne de télévision américaine CNBC, qui a dévoilé en avril cette initiative jusqu'ici tenue secrète, Apple aurait constitué pour ce projet une équipe d'ingénieurs biomédicaux, installée à Palo Alto (Californie), à une vingtaine de kilomètres du siège social de la firme à la pomme.

    Des essais de faisabilité ont été menés et des consultants spécialisés dans les questions de réglementation et d'homologation ont été recrutés, selon CNBC.

    La maison-mère de Google, Alphabet, cherche aussi à s'imposer sur ce secteur à travers sa filiale dédiée à la santé, Verily, et la joint-venture Onduo créée avec Sanofi en septembre 2016 (voir dépêche du 13 septembre 2016).

    S'exprimant lors d'un voyage de presse sur le site de Sanofi à Francfort (Allemagne), le directeur mondial de la franchise diabète du groupe pharmaceutique, Stefan Oelrich, a indiqué qu'Onduo planchait notamment sur le développement d'un stylo injecteur connecté.

    Ce stylo pourrait être relié au cloud afin d'y stocker des données de mesure. Il pourrait aussi être associé à un lecteur de glycémie en continu, voire à un logiciel qui analyserait les doses et l'état global du patient. Selon Stefan Oelrich, les produits d'Onduo pourraient générer de premiers revenus en 2019-2020.

    Des avancées sur le pancréas artificiel

    Le dispositif le plus innovant dans la gestion du diabète à l'ère numérique, même s'il est encore loin d'une commercialisation en France, est sans doute celui du pancréas artificiel.

    Il allie l'ensemble des services nécessaires à l'équilibre glycémique: mesure du taux de glucose par un capteur, traitement des informations collectées par un algorithme personnalisé de calcul de la dose d'insuline à injecter, et délivrance de l'insuline via une pompe connectée.

    Le pancréas artificiel proposé par Medtronic, appelé MiniMed 670G, est commercialisé aux Etats-Unis depuis avril aux diabétiques de type 1. L'ajustement du niveau d'insuline y est totalement automatisé, à l'exception des moments des repas, où les patients doivent encore renseigner les glucides consommés. Un autre projet nommé InControl, porté aux Etats-Unis par la start-up TypeZero Technologies, est en cours d'expérimentation. Il pourrait être commercialisé en 2018 outre-Atlantique.

    En France, la start-up française Diabeloop, qui développe un dispositif de pancréas artificiel du même nom, s'approche aussi d'une commercialisation. Après les résultats prometteurs d'une première étude en milieu hospitalier auprès de 35 patients, publiés en janvier, la start-up a annoncé fin avril le lancement d'une étude clinique visant à fournir des données de sécurité et d'innocuité pour l'obtention du marquage CE.

    Le recours aux outils informatiques de communication dans la prise en charge du diabète présente un fort potentiel pour éviter les risques d'hospitalisations liées à une glycémie mal équilibrée, et donc limiter le coût de cette maladie chronique.

    L'Organisation mondiale de la santé (OMS) prévoit 622 millions de diabétiques dans le monde d'ici 2040, contre 415 millions en 2015. En France, 3,3 millions de personnes étaient traitées pour un diabète en 2015, selon les chiffres relayés par l'Institut de veille sanitaire (InVS). En 2010, l'Institut a évalué à 700.000 le nombre de diabétiques qui s'ignorent dans l'Hexagone.

    Raphael Moreaux

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